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Le contrat de Sony et Spotify révélé par The Verge

On parlait récemment de cette « streaming war » qui commence à poindre parmi les plateformes d’écoute en ligne. Tandis que Apple s’apprête à présenter sa nouvelle version de Beats Music, que Tidal se bat contre ses détracteurs, et juste avant le lancement de YouTube Music Key, le contrat de Sony et Spotify vient d’être révélé en détail par The Verge. De quoi commencer à entrevoir véritablement les systèmes de rémunération entre les acteurs de l’industrie musicale numérique.

Signé en janvier 2011, le contrat de Sony et Spotify est constitué de 42 pages portant sur l’utilisation du catalogue de Sony Music par le service de streaming. Conclu juste avant l’ouverture de Spotify au marché américain, cet accord de 2 ans (3 si Sony décide de prolonger) révèle combien la plateforme de streaming doit avancer annuellement au géant du disque, les objectifs de nombre d’abonnés qu’elle doit atteindre, et comment les tarifs sont calculés.

Encore mieux, on y apprend comment Sony Music utilise une clause « Most Favoured Nation » pour éviter à ses avances annuelles de se laisser distancer par les autres labels, mais aussi comment Spotify peut garder jusqu’à 15 % des revenus des publicités gérés par des tiers, ou encore la formule complexe qui détermine combien les labels sont payés au stream.

$42.5 millions d’avance pour Sony

Section 4(a), on constate que Spotify accepte de payer $25 millions d’avance à Sony pour les deux années que couvre le contrat : $9 millions la première année, $16 millions la seconde, et $17,5 millions pour la 3e année potentielle. L’avance doit être versée partiellement tous les 3 mois, et Spotify peut récupérer cet argent si la plateforme gagne plus que la somme avancée pour l’année correspondante. Cependant, le contrat ne précise pas quel usage Sony Music peut faire de cette avance. D’après une source de The Verge, les labels la garderaient systématiquement pour eux.

La clause « Most Favored Nation »

Section 13, la clause « Most Favoured Nation » rend tous les aspects majeurs du contrat ajustables si jamais un autre label obtenait un meilleur deal que Sony Music. La section 13(2) liste les dispositions qui peuvent être amendées si ce cas de figure se présente, parmi lesquelles : la définition de ce qu’est un « utilisateur actif », ou encore celle de revenu brut. Enfin, Sony Music peut demander un audit indépendant une fois par an pour savoir si Spotify a conclu un accord plus favorable avec n’importe lequel de ses concurrents.

Toujours d’après The Verge, cette clause « Most Favoured Nation » est commune dans les contrats de licences musicales. Polémique, elle ne peut plus être utilisée en Europe pour 10 ans depuis la fusion de Sony et EMI en 2012. Elle demeure cependant légale aux États-Unis.

Là où ça devient vraiment pratique pour Sony, c’est d’utiliser cette clause avec la section 5 sur les « ajustements annuels des avances ». En bref, cela signifie que si une autre maison de disques est payée $1 million par Spotify pour chaque pourcentage de part de marché qu’elle possède, et que Sony, elle, reçoit $600 000, Spotify doit payer la différence de $400 000 à Sony Music à la fin de chaque année.

Le contrat de Sony et Spotify révélé par The Verge

source : The Verge

Une partie des revenus de Spotify qu’on ignorait

Encore plus abscons : la section 1(vi)(bb). Pour faire court, on y découvre que Spotify peut garder jusqu’à 15 % des revenus générés par la vente d’espaces publicitaires gérés par des tiers. Cet argent n’est pas compté dans le revenu brut total de Spotify, dont 70 % va aux labels et éditeurs, laissant 30 % au service suédois. En 2014, ce dernier a engrangé 98,8 millions d’euros grâce à la publicité.

Sony se fait plaisir sur les espaces publicitaires

Section 14(a), en plus de l’avance que Spotify lui verse, de l’espace publicitaire gratuit pour Sony Music est compris dans le contrat, à hauteur de $9 millions ($2.5 million la premiere année, $3 millions la seconde, et $3,5 millions pour les suivantes). Et ces publicités « gratuites » bénéficient déjà d’une grosse réduction accordée à Sony par rapport aux prix du marché.

Micah Singleton (auteur de l’article sur The Verge) pointe du doigt la chose suivante : s’il est possible que Sony utilise ces espaces pour promouvoir ses propres artistes, la section 14(e) leur donne le droit de « revendre » ces espaces à d’autres, et ce à un prix « laissé à la discrétion du label ». La section 14(a) exige aussi de Spotify d’ajouter $15 millions de publicité à un taux réduit valable uniquement pour Sony Music. Sony pourrait dont en effet revendre ces espaces plus cher, puis racheter plus d’espaces à un prix réduit. Et ce n’est pas tout : dans la section 14(p), le contrat stipule que Spotify doit offrir une portion de ses espaces publicitaires invendus à Sony… gratuitement !

Combien gagne Sony Music sur Spotify ?

La section 10 montre comment Sony Music a séparé ses prix en 3 parties distinctes : la partie gratuite supportée par les publicités, les pass journée (qui n’existent plus) et le service premium. Dans chacune de ces parties, les labels peuvent compter sur un revenu global équivalent à 60 % du revenu brut mensuel de Spotify, multiplié par le nombre de streams global de leur catalogue. En gros, si Spotify a gagné $100 millions de revenu brut, les labels en gagnent $60 millions. Si Sony constitue 20 % des streams, il gagne finalement $12 millions.

Le contrat inclut également les « usage-based minimum » et « per subscriber minimum », respectivement pour les parties avec et sans publicité de la plateforme. Si les royalties de n’importe quel mois sont plus élevées que ce qui est prévu selon sa part de marché, Sony reçoit ce montant à la place.

Sous la section 10(a)(1)(ii), le « usage-based minimum » pour la partie gratuite de Spotify, est de $0.00225 par stream. Si Spotify n’atteint pas ses objectifs de croissance durant le mois précédent, ce chiffre peut monter jusqu’à $0.0025 par stream. Ces taux entrent en jeu lorsque le « usage-based minimum » dépasse les montants prévus par le modèle de partage des recettes.

Le « per subscriber minimum » de la partie premium prend le pourcentage d’utilisation de Sony Music et le multiplie par le nombre d’abonnés premium, multiplié par $6. Là encore, ce modèle n’est utilisé que lorsque le total des paiements excède les montants prévus par le modèle de partage des bénéfices.

Bref, c’est très complexe tout ça. Toujours d’après Micah Singleton, il est probable que certains mois, les minimums « per subscriber » et « usage » génèrent un gain plus important pour Sony Music que ce que sa part de marché prévoit, surtout en cas de sortie musicale très populaire. Il pointe également le fait que contrairement à ce que Spotify déclare, il est donc impossible de calculer le taux de rémunération par stream en divisant le montant des royalties par le nombre de lectures générées.

Combien les artistes gagnent-ils ?

L’infographie publiée par The Guardian est donc bien une estimation. Au regard de ce contrat, il apparaît quasiment impossible de savoir quelle part des revenus gagnés par Sony Music grâce à Spotify est redistribuée aux artistes. D’autant qu’en plus du contrat conclu entre Sony et Spotify, le contrat de chaque artiste comprend des clauses individuelles portant sur sa propre part de revenus sur le streaming de sa musique.

Spotify serait actuellement en train de renégocier ses contrats avec plusieurs labels.

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Communiquer sur le web pour les petits festivals, l’exemple de L’Ère de Rien

Communiquer sur le web pour les petits festivals, pas facile

Plus de 2 000 festivals ont lieu chaque année en France, lesquels sont largement dominés par les musiques actuelles. D’un côté, il y a les grosses machines généralistes comme les Vieilles Charrues, Les Eurockéennes ou Rock en Seine. De l’autre, il existe des initiatives plus modestes, qui tentent souvent de se démarquer par une programmation différenciée et/ou un mix entre musique et autres disciplines artistiques. Financés par les subventions, les partenariats privés ou encore l’auto-financement (pour ceux qui parviennent à éviter le déficit), les petits festivals disposent souvent de moyens limités pour communiquer sur leur événement et attirer le public. Le Festival L’Ère de Rien, dont la quatrième édition se tenait à Rezé, près de Nantes, les 17 et 18 avril derniers, fait partie de cette catégorie.

Communiquer pour les petits festivals, l'exemple du Festival L'Ère de Rien

Cette année, l’événement est parvenu à atteindre son objectif de rassembler près de 3000 personnes sur les bords de Sèvre pour découvrir une programmation pointue de 8 groupes indépendants ainsi que des artistes visuels, et ce, malgré un budget communication limité. Dès lors, le web et les réseaux sociaux constituent un medium efficace et peu coûteux pour communiquer sur l’activité des associations bénévoles et leurs événements. Le community manager peut aider à sauver l’industrie musicale, et cela vaut aussi pour l’aspect événementiel du secteur. À travers l’étude de cas ci-dessous, je m’attacherai à pointer ce qu’il faut retenir de la communication web de l’association Melos Nova et de son Festival L’Ère de Rien, via une présentation de son dispositif numérique et des leviers originaux utilisés par le community manager pour générer de l’engagement sur les réseaux sociaux, mais également quelques perspectives d’amélioration.

Le dispositif numérique de l’association Melos Nova

Cette année, pour mieux communiquer sur son activité à l’année et son festival, l’association Melos Nova a opéré une refonte intégrale de son site web, mais aussi augmenté quelque peu sa présence sur les réseaux sociaux, notamment avec la création d’un compte Instagram et une meilleure approche de Twitter, jusqu’ici un peu laissé de côté. Le dispositif numérique est le suivant :

Dispositif numérique Melos Nova

Cliquez sur l’image 

À noter qu’en plus de YouTube, Melos Nova possède également une chaîne sur Vimeo. L’association a donc bien compris le pouvoir des réseaux sociaux, qui lui permettent de se rapprocher de son public avec un contenu diversifié et original, sans pour autant s’éparpiller et vouloir être partout à la fois (pas de compte Pinterest par exemple).

Un ton original et du contenu différencié

Sur Facebook, Melos Nova publie notamment ses Vidéos Sauvages (hébergées sur YouTube) tout au long de l’année, des sessions acoustiques tournées avec des artistes sur la même ligne que la programmation alternative et pointue de son festival, mettant ainsi l’accent sur l’aspect découverte et recommandation dont son public cible est friand. Les images du festival précédent et un teaser de l’édition à venir sont également de bons moyens de générer de l’engagement parmi les « amis » de Melos Nova et les « fans » de L’Ère de Rien. Ils permettent au public de revivre les temps forts en s’appuyant sur la nostalgie et de prolonger leur expérience en proposant un contenu différencié. Ce type de contenu original permet de se distinguer de la simple curation, que l’association ne délaisse pas pour autant, en n’hésitant pas à poster régulièrement le travail d’autres artistes qui ne sont pas directement liés à son activité.

Vidéo Sauvage Ère de Rien 2014

Prolonger l’expérience du public avec un contenu exclusif et différencié

Parmi les autres types de publication les plus répandus, on note : la revue de presse du festival, de l’information sur les partenaires, ou encore des publications plus humoristiques, comme le détournement de memes pour les adapter au contexte du festival (exemple : analogie avec Game of Thrones).

Pendant l’événement, des messages sont régulièrement postés pour donner la température sur le site, et inciter au partage de photos et d’impressions du public. Cette tendance est également présente sur le profil de l’association, dont le mur totalement ouvert affiche les publications des tiers sans aucune censure ni distinction (tags, posts sur le mur, etc.). L’équipe est également réactive pour répondre aux interrogations et commentaires.

Réponse à un commentaire pendant le festival

La réactivité est clé lorsqu’il s’agit d’événementiel

Réponse à un commentaire pendant le festival 2

Admettre les éventuels écueils dans la bonne humeur, meilleure méthode que la censure

L’humour et l’inventivité sont également très présents dans le ton employé par l’association. Ainsi, le lapin, l’animal choisi pour figurer sur l’affiche de l’édition 2015, a été décliné de diverses manières et à différentes fins :

Appel au bénévolat

Utiliser l’animal totem du festival avec imagination

Un quizz humoristique à l'image de l'affiche

Un quizz humoristique à l’image de l’affiche

Une stratégie qui s’avère payante, puisque certains spectateurs ont été jusqu’à se déguiser sur ce thème. Ça c’est ce qu’on peut appeler de l’engagement !

Un spectateur de l'édition 2015 déguisé en lapin

Un spectateur de l’édition 2015 déguisé en lapin

Sur Twitter, l’activité est surtout présente pendant le festival ; le community manager n’hésite pas à relayer les tweets des artistes invités ou des spectateurs sur place, mais aussi ceux de ses partenaires. Un hashtag a également été utilisé et diffusé sur tout le dispositif digital de l’association pour permettre à tous de communiquer sur l’événement (#erederien2015).

Sur Instagram, il s’agit notamment de partager les coulisses de l’organisation du festival et ainsi proposer au public un contenu différencié, tout en lui rappelant que le caractère bénévole de l’initiative.

Mettre en avant les coulisses de l'organisation

Mettre en avant les coulisses de l’organisation permet de sensibiliser le public au travail bénévole

Les perspectives d’amélioration

Le dispositif actuel de Melos Nova pour communiquer sur le web a su trouver son ton propre et susciter l’engagement de son public, favorisant ainsi le bouche-à-oreille numérique en complément du travail graphique et des relations presse, qui ont également leur rôle à jouer dans la communication d’un événement. Cependant, la marge de manœuvre est encore grande, et les perspectives pour améliorer encore ce dispositif existent. En voici quelques-unes, à bon entendeur 😉

– Faire apparaître les liens des différents réseaux sociaux où est présente l’association sur tous ces réseaux (par exemple, la chaîne YouTube ne renvoie que sur le site web et ne mentionne pas les profils Twitter, Facebook et Instagram).

– Le profil utilisé par Melos Nova sur Facebook étant ouvert à toutes les publications des tiers, cela donne parfois une image peu en rapport avec l’association. De plus, l’existence du profil pourrait gagner à être migré vers une page, les profils étant limités en nombre de contacts. C’est par exemple le changement tardif qu’avait dû opérer le Festival de Paimpol, qui a ainsi perdu une partie de son public dans la bataille.

Exemple de publication de tiers sans rapport avec les thèmes abordés par l'association

Exemple de publication de tiers sans rapport avec les thèmes abordés par l’association

– Sur Twitter, on pourrait imaginer une stratégie éditoriale plus orientée vers l’économie associative locale et l’actualité du secteur des musiques actuelles. Cela permettrait de prolonger la communication en dehors des activités directement liées à l’association, et susciter ainsi l’intérêt d’un public plus professionnel.

– Sur YouTube, on constate en fait que Melos Nova possède deux chaînes. Tout rassembler sur une chaîne unique permettrait d’éviter la dissémination du public et des vues associées. La playlist du festival 2015 a par exemple été publiée sur la chaîne la plus ancienne et la moins utilisée.

– La création d’un profil dédié sur des sites de streaming tels que Spotify ou Deezer permettrait peut-être à Melos Nova de mettre plus en valeur son rôle de curateur, grâce à des playlists découverte par exemple.

En attendant la prochaine étude de cas, j’espère que cet article permettra à d’autres associations à mieux se positionner en fonction de leurs propres thématiques, mais aussi à mieux appréhender les réseaux sociaux qui demeurent un levier efficace pour mobiliser le public.

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Combien les artistes gagnent-ils grâce au streaming ?

Voilà quelques jours que ça cause pas mal (enfin comme à l’habitude finalement) de la rémunération des musiciens sur leur ventes en ligne. Justement, le Guardian vient de relayer une infographie qui répond à la question suivante : combien les artistes gagnent-ils vraiment sur les plateformes de streaming et de téléchargement ? Les données utilisées pour réaliser ce visuel sont visibles ici.

Revenus du téléchargement

Ainsi, sur iTunes, le titre d’un musicien signé chez un label, à $0,99 l’unité, doit être téléchargé 11 364 fois pour que celui-ci atteigne l’équivalent au SMIC américain ($1260). Or, toujours sur iTunes, un musicien indépendant n’aura besoin que de 1 826 téléchargements pour atteindre le même niveau de rétribution. En bref : un artiste signé doit vendre plus de titres car sur les $0,99 de l’achat, il ne touche que $0,11, contre $0,69 pour l’indépendant. D’une manière générale, les artistes indépendants semblent gagner à tous les coups sur toutes les plateformes… si on ne considère pas qu’ils sont loin d’avoir les mêmes moyens de promotion qu’un musicien signé.

Revenus du streaming

Sur Rhapsody et Beats Music (récemment rachetée par Apple et en pleine refonte35 % des artistes signés atteignent le SMIC. Sur Tidal (500 000 inscrits), dont le lancement a fait grand bruit cette semaine, on atteindrait 37 %, et 5 % des artistes indépendants.

Chez le Français Deezer, fort de 16 millions d’utilisateurs, seuls 6,5 % des artistes signés et 0,6 % des indés peuvent vivre de leur musique. Enfin, chez leurs concurrents directs de Spotify (60 millions d’inscrits), c’est encore plus bas puisqu’on obtient respectivement 2 % et 0,3 % de musiciens touchant au moins le SMIC. Quant à YouTube, qu’on oublie souvent de mentionner avec 1 milliards d’utilisateurs, respectivement 0,5 % et 0,07 % des musiciens parviennent à vivre de leurs vidéos.

Évidemment, plus le catalogue de la plateforme est fourni, plus le taux de rémunération à l’écoute est bas.

Musicians Digital Royalties Infographic

source : Guardian

Quelles conclusions en tirer ?

On ne peut s’empêcher de repenser à la question des ayants-droits de la musique soulevée par DBTH récemment :

« Regardez, tous ces artistes sur scène sont signés sur des labels. Pour certains, ils ne sont pas propriétaires de leur musique car c’est leur maison de disque qui est producteur. Les artistes ne négocient donc rien du tout. Les contrats de licence d’exploitation du catalogue sont passés entre les plateformes (Spotify, iTunes, Tidal, etc.) et les majors/labels/distributeurs. Ensuite chaque artiste signé en label a des termes qui peuvent être spécifiques dans son contrat d’artiste qui le lie à la maison de disque. »

Un problème à propos duquel la SPEDIDAM (Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes) tente d’éveiller les consciences :

source : SPEDIDAM

source : SPEDIDAM

Ainsi, si j’ai bien tout compris, les solutions au problème de la rémunération des artistes-auteurs, mais aussi des interprètes, pourrait résider à l’endroit où :

1. L’artiste négocie ses droits avec sa maison de disques ?

2. Les labels négocient leur catalogue avec les plateformes de streaming ?

Une question que Grooveshark risque de ne plus avoir à se poser, car il vient une nouvelle fois de voir son business model jugé « illégal » et « inéligible au Digital Millennium Copyright Act » (DCMA).

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Comment TIDAL va-t-il se différencier de Spotify et des autres ?

Je l’évoquais succintement dans mon dernier billet. Hier, Jay-Z et ses amis ont mis à profit le rachat du Suédois Aspiro pour 56 millions de dollars et lancé TIDAL, plateforme de streaming haute qualité comptant 540 000 abonnés. Les amis de Jay-Z, ce sont quelques uns des artistes les plus bankables du moment, tous genres confondus : Kanye West, Nicki Minaj, Beyoncé, Rihanna, Madonna, Calvin Harris, les Frenchies Daft Punk, Jack White, Coldplay ou encore Jason Aldean. Cependant, la concurrence est déjà rude au sein des plateformes de streaming musical. Comment Tidal va-t-il donc se différencier de Spotify et des autres concurrents sur le marché ?

Tidal launch - Artists on stage

Une campagne social media rondement menée

Les artistes cités plus haut ont la particularité de cumuler plusieurs millions de fans engagés via leurs profils sociaux. En effet, ils cumulent presque 500 millions de personnes sur les 3 plus gros réseaux sociaux :

Tidal Artists on Social Media

by @God_Schizo

Ainsi, pour le lancement de la campagne #TIDALforALL, tous ces artistes (et d’autres, comme Alicia Keys, ou encore Arcade Fire) ont mis une ou plusieurs de leurs pages sociales aux couleurs de l’opération. Même Beyoncé, qui pourtant ne tweete plus depuis presque 2 ans, s’est mis aux couleurs (#3BFFFF) de TIDAL pour l’occasion. Des avatars et des photos de couverture qui ressemblaient à ça :

Tidal campaign - Kanye West

Kanye West’s official Twitter

Tidal campaign - Beyoncé

Beyoncé’s official Twitter

Avec de tels ambassadeurs, une presse spécialisée aux abois, et un lancement retransmis en direct depuis New-York, difficile de manquer son buzz. « La musique nous rapproche, elle nous connecte tous. La musique est si puissante — c’est ce que Tidal sera. Un lieu de connexion entre artistes et fans » nous disait Alicia Keys hier soir. Mais en quoi TIDAL se différencie-t-il des Spotify, Deezer et autres Qobuz ?

[youtube http://youtu.be/6zbSCDT5WeY]

« Ensemble, nous sommes inarrêtables »

Dans la vidéo qui accompagne la campagne #TIDALforALL, on parle du « début d’un nouveau monde », (Kanye West), d’un « jour historique » (Jay-Z). On trinque à la « créativité »,  on veut « replacer l’art et l’artiste au centre » (Madonna). Rien que ça.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=cYYGdcLbFkw]

Si l’idée que les musiciens les plus reconnus d’aujourd’hui joignent leurs forces pour créer un futur meilleur pour l’industrie musicale sonne doux à mon oreille, voire poétique, tout cela reste très flou. Examinons donc le « TIDAL manifesto ». Voici ma traduction de la déclaration signée par les artistes présents :

Au cours de l’Histoire, chaque mouvement a commencé avec quelques individus réunis ensemble autour d’une vision qu’ils partagent – une vision qui change le status quo.

Cette vision prenait vie avec un premier pas. Nos premiers pas commencent aujourd’hui à travers la plateforme TIDAL.

TIDAL est une entreprise détenue en majorité par les artistes, dont la mission est de rétablir la valeur de la musique et de protéger la durabilité de l’industrie musicale, qui prend racine dans la créativité et l’expression.

Dans les mois à suivre, nous continuerons de développer cette plateforme en destination universelle, qui fait partie de notre vision pour introduire le changement du système actuel. Tous les jours, nous travaillons assidûment à améliorer le service global.

Aujourd’hui, le site comprend du son de haute qualité, de la vidéo et du contenu éditorial exclusif, mais d’autres fonctionnalités sont à venir. Avec le temps, TIDAL ne sera pas seulement un service de streaming mais une plateforme immersive dotée d’expériences améliorées.

Avec TIDAL, nous nous engageons à construire une plateforme qui reflète les idées apportées directement par les artistes, pour fournir une expérience enrichie. La musique présentée et entendue comme les artistes l’ont pensé.

Nous voulons que notre mission avec TIDAL déclenche la discussion et pose une base pour les stars émergentes de demain.

Notre mouvement est mené par quelques uns qui invitent tout le monde à se rassembler pour une cause commune, un mouvement pour changer le status quo.

Aujourd’hui marque l’étape suivante.

Amen. Bon, ce solennel effet d’annonce est fort sympathique mais ça ne fait pas avancer le schmilblick. « Expérience enrichie » c’est un peu faible pour me faire tester un nouveau service payant. Le mieux est donc d’aller à la source et d’analyser ce que Jay-Z a à nous dire sur TIDAL.

« Nous n’aimions pas la direction que prenait la musique et pensions que nous pouvions peut-être nous y investir et frapper un gros coup, ou qu’au moins nous pourrions réveiller les gens et tenter d’améliorer le système « gratuit contre payant », faire la promotion d’un commerce équitable, et que ce serait dans tous les cas une victoire pour nous« 

Là, on commence à toucher du doigt un point sensible : le système de rémunération des auteurs, compositeurs et/ou interprètes des titres disponibles en streaming. Dernièrement, ce sont Taylor Swift et Björk qui ont retiré tout ou partie de leur musique sur Spotify, pour protester contre cette répartition. Mr Carter continue sur le sujet de la valeur de cette musique :

« Les gens ne respectent pas la musique, et la dévaluent […] Les gens ont vraiment l’impression que la musique est gratuite, mais ils sont prêts à payer 6 dollars pour de l’eau. »

« Je crois juste que tant que nous sommes du côté de bien, et que nous sommes là-dedans pour les bonnes raisons, ça marchera. C’est juste une grosse opportunité pour tout le monde– pas quelques chose qui n’appartient qu’à une personne. Ça ce n’est pas juste, ce n’est pas un processus démocratique, et ce n’est pas l’idée qu’il y a derrière. »

source

Jay-Z président ? Avouons-le, ces idéaux de démocratie pour une industrie musicale gérée par quelques gros portefeuilles de sociétés depuis plusieurs décennies à de quoi faire saliver. Il pense notamment que « les producteurs et les gens qui travaillent la musique sont laissés à la marge » et ne sont pas compensés correctement pour leur travail.

Comment TIDAL va-t-il se différencier de ses concurrents ?

Sur les fonctionnalités de la plateforme elle-même :

« Le service offre du son et de la vidéo haute qualité […] Le moins que nous puissions faire est de présenter ça au public de la façon dont l’artiste l’a souhaité.« 

« Le prix sera progressif, car nous voulons le présenter au plus de gens possible. Mais il est certain que cela attire les personnes à qui la musique importe vraiment et qui veulent l’entendre de la façon dont elle a été prévue. Et avec un peu de chance, un jour, la technologie nous aidera à trouver un moyen de livrer du son haute définition, peut-être même avec un modèle à $9,99. »

source

Difficile de ne pas penser à Neil Young et sa campagne pour Pono, ou au récent lancement de Deezer Elite. Le discours pour appâter les audiophiles semble avoir été absorbé par la plupart des plateformes de streaming, qui promettent souvent un son « haute qualité » une fois l’abonnement premium souscrit. Mais la première chose à laquelle s’intéressent la plupart des auditeurs est évidemment le prix. Petit comparatif des fonctionnalités et prix des différentes plateformes :

Comparaison offres streaming

source : Le Monde

Si en entrée de gamme, l’offre de TIDAL est comparable à celle de ses concurrents (prix, qualité, catalogue), le montant de l’abonnement premium ($29,99) semble élevé. D’autant que pour le moment, hormis cette promesse d’une « qualité CD », seule la présence de la vidéo différencie véritablement TIDAL des autres offres. Et en matière de vidéo, c’est YouTube qui mène la barque.

La plateforme de Jay-Z aura donc intérêt à proposer du contenu très exclusif pour motiver les fans à payer le prix de 5 bouteilles d’eau à $6 afin d’y accéder. Par exemple, on peut imaginer de la retransmission de concerts en direct (à la Vyrt), agrémentée d’interviews, de passages backstage ou encore de making off. Proposer du merchandising, des morceaux inédits, des vinyles en série limitée, etc. Autant de pistes pour enrichir le service et le différencier des autres.

Pour ma part, je me pose deux questions :

1/ Les artistes qui ont signé ce joli manifesto pour changer la face du monde de la musique vont-ils retirer leur travail des plateformes concurrentes ? Aujourd’hui en tout cas, pas de signe de ce côté.

2/ Hormis la qualité et le prix, c’est bien la rémunération des artistes et de ceux qui font la musique qui fait débat autour du streaming. Certains observateurs pensent que l’initiative TIDAL peut permettre aux artistes de se débarrasser des intermédiaires et de contrôler eux-mêmes la diffusion de leurs œuvres sans passer par des tiers. Oui et non. Il faudra bien continuer de payer les attachés de presse, les managers, les graphistes, les designers, les producteurs, etc. Bref, tous ceux qui participent à former le produit fini proposé par chaque artiste et à le diffuser, surtout lorsqu’on parle de musiciens du calibre d’une Beyoncé ou d’une Madonna. Il faudra aussi payer tous les comptables, les développeurs, les experts en curation, et financer le traitement des métadonnées de la plateforme. Chaque artiste présent au lancement aurait pris une participation de 3 % au capital de TIDAL, donnés gracieusement par Jay-Z. J’attends donc impatiemment de voir quel modèle de répartition va nous proposer TIDAL et son fuck le freemium.

En attendant, le journaliste spécialisé Stuart Dredge propose quelques axes de réflexion qui pourraient faire de TIDAL une plateforme « pour tous les artistes quelque soit leur taille » :

1/ Aspiro se différenciait de ses concurrents en s’appuyant un contenu éditorial de qualité en plus de la musique, il faudra travailler cet aspect d’autant plus.

2/ Les artistes parties prenantes dans TIDAL pourraient prendre leur rôle au sérieux et mettre en avant la prochaine génération de musiciens en utilisant leur notoriété.

3/ Intégrer le merchandising, la vente de tickets pour les concerts, une fonctionnalité crowdfunding, ou même un système de micro-paiements ouvriraient la porte à des produits destinées aux « superfans ».

4/ TIDAL pourrait tenter de devenir une plateforme centrée autour du direct-to-fan et ainsi pallier à la baisse du reach organique sur les pages Facebook des artistes tout en contrôlant leur medium de diffusion.

5/ Mettre en place des partenariats avec de grandes marques peut aussi être un levier pour en faire un service rentable.

Affaire à suivre dans les mois qui viennent, à l’aube du lancement officiel de YouTube Music Key et du nouveau Beats Music repris par Apple.

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État des lieux des startups musicales françaises

Quel est l’état actuel de l’écosystème des startups musicales françaises ? N’y a-t-il que les Suédois de Spotify et les Américains de Beats Music qui aient un rôle à jouer dans la construction d’un nouveau modèle de distribution de la musique ? Que nenni ! La France est loin d’être en reste, et de nouvelles entreprises alliant technologie et culture tentent chaque jour de redéfinir et améliorer notre accès à la musique avec des idées innovantes : petit état des lieux des startups musicales françaises.

État des lieux des startups musicales françaises : réflexions et enjeux

Il y a un peu plus d’un an, j’assistais à une conférence sur le thème suivant : « Startups musicales & labels : relations longues ou éphémères ?« .

Les intervenants avaient notamment discuté de la défiance des maisons de disques à l’égard des startups musicales françaises (ou non), en raison de leur peur quasi-séculaire que ces derniers ne cannibalisent les revenus de la musique en format physique (discours répandu depuis… l’affaire Napster en 1999 !). Ils notaient également que la complexité de l’organisation des labels en France ralentissait le processus de dialogue et de collaboration entre eux et les startups, beaucoup plus que dans d’autres pays, comme les États-Unis par exemple.

On notait cependant que les startups générant du trafic commençaient à fortement intéresser les labels en raison de leur capacité à agréger et distribuer la musique en ligne, mais aussi récupérer et traiter les métadonnées liées aux fichiers musicaux et à leurs auditeurs.

Pour un retour exhaustif sur cette soirée de discussion et de réflexion autour des enjeux de la relation startups musicales et labels de musique, vous pouvez consulter cet article.

Quand les startups rencontrent les labels

Depuis cette conférence, les choses ont un peu bougé. À l’initiative de Whojam, les startups françaises et les autres acteurs de l’industrie musicale se sont réunis l’hiver dernier dans les locaux de Deezer France à Paris. L’événement, intitulé « MuTe » (Music & Tech), était une mélange de pitchs des startups présentes, de discussion informelle et de musique live. Pour l’occasion, j’avais créé une infographie qui présentait la plupart des startups musicales françaises : l’occasion de rendre compte de la diversité des tentatives de disruption du secteur et du potentiel des entreprises hexagonales en la matière. Un aperçu plus précis du cours de cette rencontre inédite est visible sur la timeline de l’événement.

État des lieux des startups musicales françaises

Extrait de l’infographie

Et maintenant ?

Suite à MuTe, Don’t Believe The Hype a continué à mettre en valeur les startups musicales françaises en donnant la parole aux entrepreneurs et en effectuant une veille efficace sur le secteur. Le plus récent dossier s’attaquait au sujet délicat, voire explosif, de l’avenir économique des plateformes de streaming musical. Je vous invite donc à parcourir cet excellent résumé, très documenté, qui aborde notamment la question épineuse de la tarification (« free » vs « freemium » vs « premium »), la redistribution des revenus mais aussi la guerre entre les systèmes « on-demand » à la Spotify et « radio » à la Pandora.

Autant de questions qui agitent le secteur depuis quelques temps maintenant (euphémisme) et qui détermineront l’avenir de l’accès à la musique et de la rémunération des artistes et de leurs intermédiaires. autant de questions auxquelles je tacherai de m’intéresser sur ce blog, à travers ma fonction de community manager, en rapportant (modestement) : synthèses régulières de la veille que j’effectue au quotidien, études de cas, questionnements et réflexions.

Pour aller plus loin

Pour se nourrir de connaissances sur l’évolution de l’industrie musicale et mieux en saisir les enjeux actuels, voici un moyen ludique d’appréhender ce sujet via une liste de 10 films documentaires que j’avais élaborée en anglais pour le blog de Whojam.

Avec le lancement cette semaine de deux nouvelles plateformes de streaming, d’une part le Tidal de Jay-Z, et d’autre part Vessel, possible concurrent freemium de YouTube, mais aussi la charte du Ministère de la Culture visant à bloquer les sites dispensant des contenus illégaux, nul doute que l’actualité de l’industrie musicale et sa relation au numérique continuera de se faire passionnante dans les mois à venir !

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Les 10 meilleurs documentaires sur l’industrie musicale

Quels sont les 10 meilleurs documentaires sur l’industrie musicale ? Comment appréhender au mieux ses évolutions et son passage difficile au numérique, mais aussi comprendre ses nouveaux enjeux à l’heure du DIY et du streaming ? La manière la plus ludique d’aborder ces questions est sans doute à travers cette liste de 10 documentaires : expériences de musiciens, nouveaux canaux de promotion… Un bon moyen de se rendre compte de l’évolution rapide d’une industrie relativement récente, par exemple à travers le changement des supports au fil du temps (du vinyle aux cassettes, puis du CD au MP3 avant l’arrivée du streaming). À suivre donc, une liste de 10 documentaires, en lien de près ou de loin avec le fonctionnement de l’industrie musicale.

Les 10 meilleurs documentaires sur l’industrie musicale

1. DOWNLOADED

Avec ce film, on commence au début. Alex Winter s’adresse à la génération peer-to-peer, notamment la génération Napster, et aborde l’impact du téléchargement sur l’industrie musicale. Le documentaire comprend des interviews de qualité de cadres du secteur, d’artistes et de développeurs de logiciels, ce qui donne une variété de points de vue plutôt étendue sur ce sujet controversé. Le film avait été présenté à SXSW en 2012.

2. PRESSPAUSEPLAY

Ce documentaire pose la question de la démocratisation de la culture à travers l’ordinateur et la révolution Internet, qui aurait libéré la créativité et le système de distribution de l’art. Est-ce vraiment démocratique, ou est-ce une nouvelle forme de culture de masse qui aurait tendance à noyer les initiatives de bonne qualité dans un océan de médiocrité ? Pour répondre à ces questions, David Dworsky et Victor Köhler ont interviewé les plus influents des créateurs de l’ère numérique.

3. DIG!

Si ce film a déjà 10 ans, il est encore tout à fait pertinent de le voir aujourd’hui, tant il montre bien le fonctionnement de l’industrie musicale à la fin des années 90 et au début des années 2000. Pendant 7 ans, la réalisatrice Ondi Timoner a suivi 2 groupes de Portland à la fois amis et rivaux, dans leur quête pour atteindre la reconnaissance de leur travail. Hormis les personnalités hautes en couleur des leaders respectifs des Dandy Warhols‘ et du Brian Jonestown Massacre, il est intéressant de voir comment l’un des groupes, qui parvient à être signé sur une major, se sent vite totalement empapaouté (pour rester correcte) par le système. En parallèle, les seconds, toujours sans label, galèrent pour vendre leur disques enregistrés « à la maison » et continuer à tourner. Ce film rock’n’roll (attention, BO d’enfer pour les amateurs) éclaire parfaitement les faiblesses du modèle de l’industrie musicale, à l’aube de la révolution Napster.

4. ARTIFACT

Sous le pseudonyme Bartholomew Cubbins, Jared Leto documente le périple de son groupe pendant l’élaboration de leur troisième album, alors qu’ils sont poursuivis en justice par leur maison de disques qui leur demande 30 millions de dollars (!). Pas besoin d’être un aficionado de 30 Seconds To Mars pour apprécier ce film (heureusement) : on y reconnait notamment la dureté du modèle de l’industrie musicale, et parfois leurs choix plus que discutables par rapport à leurs artistes, à qui ils sont supposés fournir un service. Petit bonus pour les fans de ce producteur : Flood s’exprime, et c’est toujours un plaisir.

5. SEARCHING FOR SUGAR MAN

Malik Bendjelloul nous raconte comment deux fans de Cape Town tentent de découvrir ce qui est réellement arrivé au mystérieux Sixto Rodriguez, un artiste très connu en Afrique du Sud, dont l’histoire et la supposée mort demeurent flous. Pendant leur quête de vérité, les deux hommes découvrent que ce musicien, qui est en fait Américain, n’était même pas conscient de son gigantesque succès en dehors des États-Unis. Au-delà de l’émotion qui transpire de ce documentaire, ce voyage de deux fans met en avant certains faits : un disque peut être reproduit et diffusé depuis les années 60, sans que son auteur soit au courant, et sans qu’on sache exactement dans les poches de qui est allé l’argent généré.

6. 20 FEET FROM STARDOM

Morgan Neville et Gil Friesen tentent d’en savoir plus sur les « background singers ». La plupart d’entre eux sont totalement oubliés, et le film met en valeur l’importance de leur travail à travers des chansons que tout le monde connait. Ce documentaire touchant nous emmène dans les coulisses du business de la musique, non sans rappeler un autre excellent film, Standing in the Shadows of Motown (trailer), qui rendait hommage aux musiciens des groupes de la Motown.

7. RiP: A REMIX MANIFESTO

L’activiste web Brett Gaylor et le musicien Gregg Gillis nous immergent dans le phénomène du mash-up. En plus de performances impressionnantes, le film nous présente bien la controverse autour des droits d’auteur sur ce type de projet créatif. D’ailleurs, le documentaire a été distribué sous licence Creative Commons.

Les deux documentaires suivants n’ont pas encore été distribués. Mais aux vues de leurs trailers et synopsis respectifs, ils méritent amplement leur place dans ce classement.

8. UNSOUND

Voici un film sur la difficulté des musiciens à vivre de leur art depuis l’apparition de l’échange de ficiers sur le web. Le réalisateur Count (célèbre producteur pour Radiohead, Frank Sinatra, DJ Shadow, The Rolling Stones, New Order, etc.) a demandé aux professionnels de l’industrie leur avis sur ce sujet délicat, tout en suivant 5 artistes dans leur tentative de vivre de leur musique : Zoe Keating, Jurassic 5, Tycho, Cracker & Camper Van Beethoven, and Rhett Miller.

9. WHO KILLED (OR SAVED?) THE MUSIC INDUSTRY?

Ce que l’on sait de ce film est attractif : « explorer l’état actuel de l’industrie musicale, raconté par ses protagonistes ». Depuis le temps où l’enregistrement même de la musique n’existait pas, aux premiers tubes vendus sur disques, depuis l’émergence de la culture de masse et de la promotion à Napster, ce documentaire semble aborder l’écosystème de l’industrie et son évolution dans sa globalité.

10. DEAL OR NO DEAL: THE MUSIC INDUSTRY TODAY

En 2012, encore étudiant, Christopher Taylor réalise un documentaire pour son projet de fin d’études. Il choisit d’aborder le paysage de l’industrie musicale et comment les artistes peuvent la rejoindre avec succès. Il a ensuite mis son film en ligne, gratuitement à des fins éducatifs. La vidéo a malheureusement été retirée de YouTube pour des questions de copyright.

Cet article est une mise à jour en français de l’article que j’avais écrit initialement sur le blog de Whojam.

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Le community management peut-il sauver l’industrie musicale ?

Premier post sur ce blog tout nouveau tout chaud. De quoi va-t-on causer ici-bas ? Industrie musicale, social media, marketing digital et communautés en ligne. Pour en savoir plus sur ma pomme, rendez-vous sur Twitter ou LinkedIn ! Commençons avec la question suivante : le community management peut-il sauver l’industrie musicale ?

Mettons-nous directement dans le bain avec ce qui suit. La synthèse ci-dessous est extraite d’un rapport de veille thématique effectué lors de ma dernière formation. J’avais choisi, en plus d’une veille active sur la relation entre industrie musicale et numérique dans sa globalité, de m’intéresser directement à la communication en ligne de trois artistes précis qui me semblent emblématiques des grandes tendances qui se dégagent pour le community management des musiciens professionnels, à savoir : l’artiste totalement indépendant, le musicien en contrat avec une major, et enfin le groupe signé chez un petit label indépendant. Si les chiffres ont évolué depuis (ce dossier date de presque un an), les enjeux demeurent sensiblement les mêmes à ce jour.

À suivre donc, la synthèse du dossier, dont l’intégralité est ici.

Le community management peut-il sauver l'industrie musicale ? L'exemple de Beyoncé sur Facebook

Le community management peut-il sauver l’industrie musicale ? L’exemple de Beyoncé sur Facebook.

Le community management peut-il sauver l’industrie musicale ?

Ce n’est un secret pour personne. L’industrie musicale pleure l’âge d’or de la vente de disques depuis la révolution entamée par Napster en 2004. Si la copie privée était déjà une pratique courante chez les mélomanes depuis l’invention de la cassette audio, l’avènement du peer to peer, permettant de partager du contenu plus vite et en plus grande quantité, a considérablement fait évoluer les pratiques d’écoute de la musique.

Les 3 systèmes d'échange en ligne

source : blog.sociographie.net

Pourquoi payer pour un support aussi fragile et peu attractif que le CD ? Pourquoi s’abonner à Spotify ou Deezer pour avoir accès à des catalogues encore incomplets sur son mobile ou son ordinateur lorsque l’on peut y avoir accès gratuitement et (quasiment) sans effort avec le peer-to-peer ? Ce sont les questions que tentent de résoudre les “middle men”, ces intermédiaires entre artistes et auditeurs qui ont fondé toute leur industrie sur les revenus générés par l’achat d’objets, et maintenant de fichiers musicaux. Si les offres actuelles de streaming et de téléchargement légales restent finalement marginales, la plupart des acteurs du secteur continuent de miser sur cette solution pour compléter les revenus générés par les concerts et produits dérivés.

Autre aspect de ce nouveau système de la souscription (ou bien soutenu par la publicité) et de la rémunération à l’écoute, la redistribution :

La redistribution des revenus de la musique numérique

source : leprofyl.com

C’est pourquoi certains artistes refusent de diffuser leur musique sur ces plateformes et choisissent de se distribuer eux-mêmes, ou bien de proposer leurs enregistrements pour un prix laissé à la discrétion de l’internaute. Par ailleurs, la facilité d’accès à l’écoute mais aussi à la création, grâce à l’apparition de logiciels et de moyens de distribution qui ne nécessitent plus de connaissances techniques réservées à une poignée de spécialistes, favorise la mise en ligne d’une plus grande quantité de contenus. Dès lors, comment se distinguer de la masse, comment capter son public et conserver suffisamment son attention pour qu’il soit prêt à payer pour écouter le travail d’un artiste, voire à se déplacer pour le voir en concert ? Qu’ils s’agissent des maisons de disques ou des musiciens indépendants, il semble admis par tous que l’animation et le dialogue avec ces communautés de fans semble être une réponse. Proposer un contenu différencié pour les plus fidèles, se servir des métadonnées traitées par les services de streaming pour mieux affiner sa stratégie de communication (on et offline) sont des pistes sérieuses pour les musiciens et leurs équipe de promotion. Lorsque Pharell Williams implique sa communauté en lui permettant de proposer sa propre version de son single “Happy”, et flatte son égo en valorisant leurs initiatives, ou lorsque Beyoncé lance l’opération #WHATISPRETTY sur Instagram pour promouvoir son dernier titre, reprenant les propositions de ses fans pour les diffuser sur ses propres canaux de communication, ils impliquent leurs auditeurs, prolongent leur expérience au-delà du simple enregistrement, tout en produisant un nouveau contenu directement lié au leur et absolument viral ; le fan fier d’être reconnu par son artiste favori partagera sa contribution, et montera ainsi d’un cran dans son niveau d’engagement envers celui-ci.

L’industrie musicale a alors tout intérêt à ne pas faire reposer sa communication numérique sur de seuls stagiaires publiant des posts sur Facebook, mais à intégrer cet aspect dans sa stratégie globale de promotion. Il en va de même pour les artistes DIY, dont le dialogue direct, sans intermédiaire avec leur communauté (comme ici Amanda Palmer), instaurent une entente et un sentiment de proximité augmentant sans aucun doute la propension du fan à vouloir contribuer, en dépensant de l’argent pour ses productions & merchandising ou en participant directement au processus de création. À bon entendeur donc, au milieu de débats interminables sur l’effondrement du système, peut-être est-il temps de véritablement s’intéresser aux possibilités offertes par ces canaux (plus si neufs) que sont le web et les réseaux sociaux. En mettant en place des stratégies qui placent l’artiste et l’auditeur au centre du contenu, valorisent les échanges de leur communauté, pour mieux permettre aux musiciens de vivre de leur art.

L’intégralité est ici : Dossier de veille – Le community management peut-il sauver l’industrie musicale ?

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