Le contrat de Sony et Spotify révélé par The Verge

On parlait récemment de cette « streaming war » qui commence à poindre parmi les plateformes d’écoute en ligne. Tandis que Apple s’apprête à présenter sa nouvelle version de Beats Music, que Tidal se bat contre ses détracteurs, et juste avant le lancement de YouTube Music Key, le contrat de Sony et Spotify vient d’être révélé en détail par The Verge. De quoi commencer à entrevoir véritablement les systèmes de rémunération entre les acteurs de l’industrie musicale numérique.

Signé en janvier 2011, le contrat de Sony et Spotify est constitué de 42 pages portant sur l’utilisation du catalogue de Sony Music par le service de streaming. Conclu juste avant l’ouverture de Spotify au marché américain, cet accord de 2 ans (3 si Sony décide de prolonger) révèle combien la plateforme de streaming doit avancer annuellement au géant du disque, les objectifs de nombre d’abonnés qu’elle doit atteindre, et comment les tarifs sont calculés.

Encore mieux, on y apprend comment Sony Music utilise une clause « Most Favoured Nation » pour éviter à ses avances annuelles de se laisser distancer par les autres labels, mais aussi comment Spotify peut garder jusqu’à 15 % des revenus des publicités gérés par des tiers, ou encore la formule complexe qui détermine combien les labels sont payés au stream.

$42.5 millions d’avance pour Sony

Section 4(a), on constate que Spotify accepte de payer $25 millions d’avance à Sony pour les deux années que couvre le contrat : $9 millions la première année, $16 millions la seconde, et $17,5 millions pour la 3e année potentielle. L’avance doit être versée partiellement tous les 3 mois, et Spotify peut récupérer cet argent si la plateforme gagne plus que la somme avancée pour l’année correspondante. Cependant, le contrat ne précise pas quel usage Sony Music peut faire de cette avance. D’après une source de The Verge, les labels la garderaient systématiquement pour eux.

La clause « Most Favored Nation »

Section 13, la clause « Most Favoured Nation » rend tous les aspects majeurs du contrat ajustables si jamais un autre label obtenait un meilleur deal que Sony Music. La section 13(2) liste les dispositions qui peuvent être amendées si ce cas de figure se présente, parmi lesquelles : la définition de ce qu’est un « utilisateur actif », ou encore celle de revenu brut. Enfin, Sony Music peut demander un audit indépendant une fois par an pour savoir si Spotify a conclu un accord plus favorable avec n’importe lequel de ses concurrents.

Toujours d’après The Verge, cette clause « Most Favoured Nation » est commune dans les contrats de licences musicales. Polémique, elle ne peut plus être utilisée en Europe pour 10 ans depuis la fusion de Sony et EMI en 2012. Elle demeure cependant légale aux États-Unis.

Là où ça devient vraiment pratique pour Sony, c’est d’utiliser cette clause avec la section 5 sur les « ajustements annuels des avances ». En bref, cela signifie que si une autre maison de disques est payée $1 million par Spotify pour chaque pourcentage de part de marché qu’elle possède, et que Sony, elle, reçoit $600 000, Spotify doit payer la différence de $400 000 à Sony Music à la fin de chaque année.

Le contrat de Sony et Spotify révélé par The Verge

source : The Verge

Une partie des revenus de Spotify qu’on ignorait

Encore plus abscons : la section 1(vi)(bb). Pour faire court, on y découvre que Spotify peut garder jusqu’à 15 % des revenus générés par la vente d’espaces publicitaires gérés par des tiers. Cet argent n’est pas compté dans le revenu brut total de Spotify, dont 70 % va aux labels et éditeurs, laissant 30 % au service suédois. En 2014, ce dernier a engrangé 98,8 millions d’euros grâce à la publicité.

Sony se fait plaisir sur les espaces publicitaires

Section 14(a), en plus de l’avance que Spotify lui verse, de l’espace publicitaire gratuit pour Sony Music est compris dans le contrat, à hauteur de $9 millions ($2.5 million la premiere année, $3 millions la seconde, et $3,5 millions pour les suivantes). Et ces publicités « gratuites » bénéficient déjà d’une grosse réduction accordée à Sony par rapport aux prix du marché.

Micah Singleton (auteur de l’article sur The Verge) pointe du doigt la chose suivante : s’il est possible que Sony utilise ces espaces pour promouvoir ses propres artistes, la section 14(e) leur donne le droit de « revendre » ces espaces à d’autres, et ce à un prix « laissé à la discrétion du label ». La section 14(a) exige aussi de Spotify d’ajouter $15 millions de publicité à un taux réduit valable uniquement pour Sony Music. Sony pourrait dont en effet revendre ces espaces plus cher, puis racheter plus d’espaces à un prix réduit. Et ce n’est pas tout : dans la section 14(p), le contrat stipule que Spotify doit offrir une portion de ses espaces publicitaires invendus à Sony… gratuitement !

Combien gagne Sony Music sur Spotify ?

La section 10 montre comment Sony Music a séparé ses prix en 3 parties distinctes : la partie gratuite supportée par les publicités, les pass journée (qui n’existent plus) et le service premium. Dans chacune de ces parties, les labels peuvent compter sur un revenu global équivalent à 60 % du revenu brut mensuel de Spotify, multiplié par le nombre de streams global de leur catalogue. En gros, si Spotify a gagné $100 millions de revenu brut, les labels en gagnent $60 millions. Si Sony constitue 20 % des streams, il gagne finalement $12 millions.

Le contrat inclut également les « usage-based minimum » et « per subscriber minimum », respectivement pour les parties avec et sans publicité de la plateforme. Si les royalties de n’importe quel mois sont plus élevées que ce qui est prévu selon sa part de marché, Sony reçoit ce montant à la place.

Sous la section 10(a)(1)(ii), le « usage-based minimum » pour la partie gratuite de Spotify, est de $0.00225 par stream. Si Spotify n’atteint pas ses objectifs de croissance durant le mois précédent, ce chiffre peut monter jusqu’à $0.0025 par stream. Ces taux entrent en jeu lorsque le « usage-based minimum » dépasse les montants prévus par le modèle de partage des recettes.

Le « per subscriber minimum » de la partie premium prend le pourcentage d’utilisation de Sony Music et le multiplie par le nombre d’abonnés premium, multiplié par $6. Là encore, ce modèle n’est utilisé que lorsque le total des paiements excède les montants prévus par le modèle de partage des bénéfices.

Bref, c’est très complexe tout ça. Toujours d’après Micah Singleton, il est probable que certains mois, les minimums « per subscriber » et « usage » génèrent un gain plus important pour Sony Music que ce que sa part de marché prévoit, surtout en cas de sortie musicale très populaire. Il pointe également le fait que contrairement à ce que Spotify déclare, il est donc impossible de calculer le taux de rémunération par stream en divisant le montant des royalties par le nombre de lectures générées.

Combien les artistes gagnent-ils ?

L’infographie publiée par The Guardian est donc bien une estimation. Au regard de ce contrat, il apparaît quasiment impossible de savoir quelle part des revenus gagnés par Sony Music grâce à Spotify est redistribuée aux artistes. D’autant qu’en plus du contrat conclu entre Sony et Spotify, le contrat de chaque artiste comprend des clauses individuelles portant sur sa propre part de revenus sur le streaming de sa musique.

Spotify serait actuellement en train de renégocier ses contrats avec plusieurs labels.

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