Musique et numérique : l’actu de la semaine

La semaine passée a été riche en nouvelles pour le secteur de la musique et du numérique. Chaque semaine, je mettrai à disposition le résultat brut de ma veille en la matière sur cette page.

Musique et numérique, l’actu cette semaine : tout d’abord, un focus sur trois nouveaux services de streaming, avec Tidal, Playstation Music et Vessel. Je reviendrai ensuite sur le débat qui entoure le format « album », dont certains annoncent la mort et d’autres la renaissance. Enfin, on parlera de la charte du ministère de la Culture pour lutter contre la diffusion illégale et du nouveau jour de sortie mondial pour la musique qui prendra effet en juillet prochain.

Les nouveaux services de la semaine

Parmi les nouveaux services de distribution numérique de la semaine :

Tidal, la plateforme de streaming (anciennement Aspiro) rachetée par Jay-Z, qui propose un abonnement premium pour une qualité d’écoute sans perte. Avec ses 25 millions de titres, Tidal entend notamment concurrencer Qobuz, qui propose une écoute haute fidélité mais possède un catalogue moins fourni (il s’est d’abord positionné sur des niches comme la musique classique). Benoît Campion de MyBandMarket nous donne ses impressions sur sa prise en main de Tidal. Malin, Jay-Z a demandé à ses copains de faire la promo de son nouveau service.

Tidal

Source : The Verge

PlayStation Music, le fruit d’un partenariat exclusif entre Sony et Spotify, qui devrait apparaître sur PS3 et PS4 dans les prochains mois. Après l’échec de Sony Unlimited, la firme tente ici de simplifier l’expérience utilisateur en misant sur les pochettes d’album pour une navigation plus “visuelle”, et réutilisera le système de l’application Spotify divisé entre “Parcourir” et “Ma Musique”. Le son pourra être diffusé pendant une partie de jeux vidéos, et on pourra contrôler le tout depuis un smartphone ou une tablette.

Playstation Music

source : The Guardian

Vessel, un potentiel concurrent de YouTube lorsque celui-ci lancera Music Key l’été prochain. Pour $2,99, les utilisateurs inscrits peuvent accéder à des vidéos “exclusives” 3 jours avant le reste du monde.

Vessel

source : We Are Social Media

La mort ou la renaissance de l’album

Pour Micah Singleton, les sorties “surprise” d’albums, comme Beyoncé l’a fait fin 2013, ont permis au concept même d’album de renaître. Pour lui, grâce aux Internets et aux médias sociaux, les artistes peuvent entretenir et compter sur leur fanbase pour répandre la nouvelle d’une sortie “surprise” et créer un “moment”. Une preuve de plus que le community management peut aider à sauver l’industrie musicale ? Pas si sûr.

En effet, la mécanique de “l’opération Beyoncé” était parfaitement huilée, obligeant qui voulait écouter un seul titre à télécharger l’intégralité de son album sur iTunes, seule plateforme où il était disponible. Comme le précise Micah S. dans son article, n’est pas Taylor Swift qui veut. Or, on parle ici d’une artiste déjà suivie par des millions de fans à travers le monde, sur différents canaux, et bénéficiant des services de professionnels du marketing via son label. Ainsi, chaque musicien qui propose sa musique en ligne ne dispose pas d’un tel vivier de fans qualifiés pour communiquer sur son dernier EP, sa problématique étant justement de trouver son public dans la masse de contenus publiés chaque jour.

Aussi, la montée en puissance du streaming à la demande et des systèmes de recommandation via des playlists savamment concoctées, mais également notre économie de l’attention nous obligeant à fractionner toujours plus nos intérêts et le temps qui leur est consacré, pourrait bien faire passer à la trappe le modèle (pas si ancien) de l’album au profit de formats plus courts (EP et singles). Comme le soulignaient déjà le patron de BBC Radio 1 ou encore Mark Mulligan l’an dernier, le format LP, apparu à l’adolescence de l’industrie musicale (auparavant, les supports physiques ne pouvaient contenir tout un album), pourrait être voué à devenir marginal :

Playlists versus albums

source : Music Industry Blog

Cependant, le retour du vinyle, bien qu’il demeure un marché de niche, pourrait être un des leviers pour continuer à mettre en valeur l’idée d’album, ici via un objet fétiche et mystérieux, et pourquoi pas en série limitée. On pense alors au choix extrême effectué pour la sortie du dernier album du Wu Tang Clan, dont l’exemplaire unique aurait été vendu pour 5 millions de dollars.

Une charte pour tarir les revenus des sites illégaux

Pendant que la Commission Européenne planche sur “un marché digital unique” qui viendrait à bout des barrières que sont le geo-blocking ou les différents taux de TVA au sein de l’UE, le ministère de la Culture et de la Communication a présenté une charte visant directement les portails diffusant des contenus illégaux. Les signataires du texte, “dont les organisations représentatives de la filière musicale, des jeux vidéo, de l’édition et de la publicité” s’engagent à signaler les plateformes incriminées et à ne pas devenir annonceurs sur ces sites, le but étant de tarir la principale source de revenus de ces portails.

Pour moi, on est très loin de la mesure-qui-va-tout-changer, et on constate une fois de plus que le problème est pris à l’envers : on s’attache encore et toujours à sanctionner les sites dispensant des œuvres illégalement, alors que l’on sait d’expérience que lorsqu’on en ferme un, dix autres ouvrent le lendemain. Rien ne sert de freiner des quatre fers et d’espérer que ça suffira ! Mettons plutôt l’accent sur les innovations des entreprises culturelles, la tendance nécessaire à l’harmonisation mondiale des systèmes de distribution numériques, ou encore le développement d’offres légales dignes de ce nom (qui tiendraient compte des évolutions des usages tout en tentant de rémunérer justement chaque maillon de la chaîne artistique).

De là à rejoindre le point de vue de Andy Chatterley, fondateur de MUSO, qui fournit des solutions anti-piratage, il n’y a qu’un pas. Selon lui, l’industrie musicale doit changer de vision.

« Les personnes qui téléchargent illégalement veulent écouter vos albums le plus tôt possible, ils font partie de votre audience la plus ciblée et veulent souvent participer à répandre la bonne parole à propos des artistes qu’ils aiment. »

S’il est aussi partisan du blocage des sites illégaux, il met l’accent sur la pédagogie et le développement des offres légales pour convaincre le public de payer pour sa musique préférée.

Un nouveau jour de sortie mondial

Last but not least : ils se sont enfin mis d’accord ! Les acteurs de l’industrie musicale ont enfin déterminé un jour de sortie global pour la musique. À partir du 10 juillet prochain, les sorties d’effectueront le vendredi. Et la licence globale c’est pour quand ?

La lecture de la semaine

Je vous invite à lire la thèse de Émilien Moyon :

Le changement du business model de l’entreprise : une étude des majors de l’industrie phonographique (1998-2008)

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  1. Comment TIDAL va-t-il se différencier de Spotify et des autres ? | NUMESIQUE - 31 mars 2015

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